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Nino Ferrer – Le Téléfon (1967)

Previously on « Salut Les Copains » : Léonard de Voici s’est encore une fois emberlificoté le fil de sa pensée dans une sordide histoire de conversation téléphonique avec Dalida et Claude François. Il raccroche tant bien que mal. 

Je méditai une fois de plus n’est pas coutume sur les vicissitudes de la vie.  Qu’avais-je donc fait au dieu des sixties pour que tous ses représentants viennent me harceler de cette façon ?  Cet acharnement odieux empêchait toute expression de mon art ; il fallait vraiment que je m’en affranchisse façon Antoine de Saint-Exupéry.  Mais comme disait Jesse Owens, ça allait être coton.  Un souci, comme un train, pouvant en cacher un autre, le téléphone, comme le facteur, sonna à nouveau…

Nino Ferrer : Allô ?  Gaston ?

Léonard de Voici : Désolé non, il n’y a pas de Gaston ici.  Léonard à l’appareil.  A qui ai-je l’honneur ?

Nino Ferrer : Je me disais bien aussi que ça ne pouvait pas être Gaston, puisque chez lui, quand y a le téléfon qui son, y a jamais person qui y répond.

LDV : Ecoutez mon ami, manifestemon, on vous pron pour un con.  Alors vous faites comme avec le steak, vous allez me l’hacher, et vous raccrochez ce téléfon pour de bon.
Nino Ferrer : Ah c’est le drame de ma vie, j’ai chanté deux chansons débiles, et résultat maintenant tout le monde me prend pour un clown.

LDV : Vous l’avez bien cherché.  Regardez, en 1967, pourquoi vous n’avez pas fait comme Michel Sardou, une vraie chanson engagée ?  Ca vous pose un artiste, ça, une posture politique courageuse et déterminée.  Et en plus, sur un créneau qui n’était pas vraiment surchargé par la concurrence.  Chanter Les Ricains, sur le devoir de reconnaissance envers les Etats-Unis, c’était osé, non ?

La voie de la rédemption

Nino Ferrer : Oui je vous l’accorde, comme disait Eric Tabarly j’aurais pu me mouiller un peu.  En 1967, j’aurais probablement  dû faire comme Joe Dassin, une chanson engagée sur le caractère inhumain de l’univers carcéral et la perte d’amour-propre qui en résulte ?

LDV : Je connais mal le milieu carcéral mais en effet je crois que l’amour n’y est pas toujours très propre.  Votre idée, bien qu’un peu copiée sur Johnny Cash, me semble tout à fait excellente.  En revanche je ne vois pas à quelle œuvre vous faites référence ?

Nino Ferrer : Mais enfin, Les Dalton, bien sûr !

LDV : …

Le téléfon va-t-il sonner encore longton dans le vide ?  Nino Ferrer trouvera-t-il la voie de la rédemption vers le sud ?  Quand Joe Dassin s’est documenté en prison pour écrire Les Dalton, a-t-il promis aux détenus qu’avec lui ils pourraient aller où ils voudraient quand ils voudraient, un peu comme dans une aquarelle de Marie Laurencin ?  Ce n’est que la semaine prochaine que vous le découvrirez, dans votre feuilleton « Salut Les Copains ».
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